Connaissez vous la Corée ?

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VIE QUOTIDIENNEA l’intérieur des appartements coréens

02/11/2022

En Corée du Sud, les agglomérations de tours résidentielles que les Coréens appellent « apartments » hébergent plus de la moitié de la population. Elles sont aujourd’hui le symbole même du mode de vie moderne au Pays du mati...

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En Corée du Sud, les agglomérations de tours résidentielles que les Coréens appellent « apartments » hébergent plus de la moitié de la population. Elles sont aujourd’hui le symbole même du mode de vie moderne au Pays du matin calme. Loin d’entasser leurs occupants, ces logements offrent confort, espace et sérénité. Voici comment on y vit au quotidien.

Mari heureux d’une Coréenne, j’ai souvent le plaisir de séjourner dans divers appartements occupés par ma belle-famille, mais aussi chez des amis ainsi qu’en location à court terme, à Séoul comme ailleurs dans le pays, passant de lotissements récents à des immeubles voués à la démolition, et de résidences purement fonctionnelles à de véritables cocons, décorés avec l’amour du détail. Au fil des ans, j’ai pu me rendre compte des différences qui existent naturellement entre divers styles et modes de vie, dans un pays où les habitudes évoluent avec chaque génération. Mais au-delà de ces différences, force est de constater que les Coréens organisent leur chez-soi, et donc leur quotidien, d’une manière qui ne correspond pas tout à fait à la nôtre. Si on peut dire que l’habitat parisien est identifié, dans le monde entier, par l’immeuble haussmannien, les villes coréennes ont alors un symbole commun : les apartments. Impossible d’y échapper ! En approchant Séoul depuis l’aéroport d’Incheon, on est immédiatement frappé par les grands ensembles de tours résidentielles, regroupées tels des géants échangeant des confidences. En s’élançant vers le ciel, les apartments incarnent les ambitions de la nation. Identifiés à l’aide de noms tels des marques commerciales – Park View, Hanium, Sky Ville, Ricenz et tant d’autres – ces constellations donnent parfois leurs noms à des arrêts de bus et éditent un magazine, uniquement pour leurs propres habitants. Chaque complexe regroupe plusieurs milliers de ménages, répartis sur des dizaines de tours, dont chacune est désignée par un numéro, inscrit en grand sur la façade et visible de loin. Le regard européen ne s’y adapte pas tout de suite. On y projette soit l’idée caricaturale des mégapoles asiatiques bondées, où la population travaille comme des fourmis, soit une image, tout aussi caricaturale, des barres d’immeubles dans les banlieues françaises, plus coloriées et beaucoup moins bien entretenues...

En Corée, les façades sont quasiment immaculées et les rivalités entre cités n’existent pas. En levant la tête dans l’une des larges avenues de Séoul, on remarque immédiatement l’aspect verdâtre d’absolument toutes les vitres extérieures. En été, ce verre spécial permet de limiter la surchauffe à l’intérieur. « Et les femmes peuvent s’approcher de la fenêtre sans perdre leur beau teint pâle », ajoutent ironiquement mes hôtes, au 10e étage d’une tour modèle.

Un mode de vie qui séduit

Selon le bureau national des statistiques, en 2000, la moitié des Coréens vivaient dans des maisons individuelles. Aujourd’hui, ils sont moins d’un tiers. Sur la même période, le taux des personnes vivant dans des apartments a augmenté à plus de 50%. Alors, comment vit-on dans ces villes dans la ville, également appelées condominiums ? Réponse : Bien confortablement, une fois qu’on a réussi à s’y loger. Ce qui ne va pas de soi, car le prix du mètre carré flambe. Numbeo, une sorte de Wiki du coût de la vie dans le monde, signale une augmentation à Séoul de 56,6% entre fin 2016 et juillet 2020, et ce serait carrément un record mondial. Par comparaison, les prix auraient augmenté de 23% à Paris sur la même période. Mais les remèdes - et les terrains à bâtir - sont bien rares, à moins de revenir sur l’interdiction existante de dépasser trente-cinq étages ou de sacrifier ce qui fait, justement, la qualité de vie dans les apartments. Car ce qui frappe de l’extérieur, c’est l’étendue de ce qu’on appellerait, en France, les parties communes. à Séoul, on se promène entre les tours presque comme dans un parc paysager avec ses arbres et peut-être un petit étang ou un ruisseau. Ces espaces publics permettent de marcher d’un quartier à l’autre, d’y faire du jogging ou du vélo. Un groupe scolaire ou des magasins peuvent être inclus ou directement adjacents. Comme le disait un jour un ami venu de Tokyo : « à Séoul, on a vraiment l’impression d’avoir de l’espace. » Venant de Paris, on ne peut qu’acquiescer. Il ne viendrait à l’esprit de personne de s’enfermer derrière de hautes grilles, comme dans les gated communities de plus en plus répandues chez nous. Et si les apartments offrent de l’espace en surface, c’est aussi parce que les voitures sont rangées dans d’énormes parkings souterrains dont certains sont équipés d’un système d’alerte, capable d’identifier les plaques d’immatriculation des véhicules entrants. Et comme tout est informatisé et connecté, un signal retentit dans l’appartement concerné, où le ou la conjoint(e) est ainsi averti(e) de l’arrivée de sa « meilleure moitié ». La voiture garée, on emprunte l’ascenseur, et on arrive devant son petit royaume. Mais comment ouvrir la porte ? Tout simplement en composant un petit code. Et la serrure électronique s’ouvre, libérant une aimable mélodie. Conclusion : les Coréens n’ont pas besoin de clés et ne risquent donc pas d’en perdre, ni de s’en encombrer.

Chaleur et tranquillité

Le deuxième geste, avant de se mettre à l’aise, c’est bien sûr de se déchausser. Les Coréens sont sensibles à la propreté du sol et un sas est obligatoire pour accueillir les chaussures de tous. Logiquement, les Coréens privilégient des modèles à enfiler en un clin d’œil. Petit problème quand on part ensemble : l’Européen qui doit nouer ses lacets oblige tout le monde à l’attendre. C’est fastidieux, mais j’ai fini par trouver la solution : ne faire mes lacets qu’une fois arrivé dans l’ascenseur ! Le souhait d’éviter la moindre trace de la rue à l’intérieur se comprend aisément quand on sait que, traditionnellement, les Coréens mangent et dorment près du sol. Et le sol est chauffé ! En Corée, pas de radiateurs. Le chauffage au sol, jadis réservé à la chambre, est aujourd’hui appliqué dans toutes les pièces. Une nuit passée au célèbre Hahoe Folk Village d’Andong, dans une maison traditionnelle, m’a par ailleurs permis de faire l’agréable expérience du chauffage par le sol à l’ancienne, où l’on allume un feu dans une cuve adjacente à la maison pour faire circuler l’air chaud sous le plancher de la chambre. En Corée, on n’a donc pas froid aux pieds. Autre avantage : puisque tout le monde marche en chaussettes ou en pantoufles, on entend à peine les pas des voisins du dessus. On trouve le même principe de discrétion dans le fait que les chambres sont distribuées en étoile. Mieux : elles sont toujours séparées les unes des autres par une salle de bains ou un couloir. Cette organisation de la vie offre à chaque partie de la famille un maximum d’intimité. Tout le monde se réunit dans l’espace central, composé d’un séjour et d’une cuisine ouverte. L’élément le plus typique est ici une commode à un seul étage alignant plusieurs tiroirs. Quel qu’en soit le style, plus traditionnel ou résolument contemporain et sobre, ce meuble bas et étendu est avant tout destiné à présenter le poste de télévision.

On remarquera ensuite que tous ces appartements sont traversants. à gauche comme à droite, une véranda s’ajoute aux pièces centrales, offrant ici la possibilité de prolonger le séjour, et en face, un espace pour laver et sécher le linge. Nous voilà donc de retour aux fenêtres, cette fois vues depuis l’intérieur. Et cette vue est pour le moins impressionnante : la fenêtre coréenne occupe l’épaisseur entière du mur, avec un double vitrage doublé par un autre double vitrage, en vue des hivers rigoureux. Et pourtant, les Coréens gagnent de la place par rapport aux fenêtres avec volets, car la fenêtre coréenne moderne est coulissante. Elle repose sur un système à rails pour quatre éléments vitrés, couvrant chacun une partie du cadre. Si cependant vous souhaitez l’ouvrir, veillez à laisser fermée la moustiquaire extérieure sans laquelle l’appartement, même en pleine ville, serait rapidement envahi d’insectes, de hannetons et de cigales. Ces dernières savent ici se faire entendre comme en Provence, et profitent parfois des moustiquaires pour y accrocher leurs œufs, ce qui réjouit particulièrement les enfants observateurs d’insectes. Mais les fenêtres restent souvent fermées et on allume la climatisation, et éventuellement le purificateur d’air, dont l’usage s’est complètement généralisé après les épisodes de pollution par micro-particules venant de l’industrie chinoise, dont la Corée a tant souffert en 2019. Les Coréens se sont alors auto-confinés dans leurs appartements, bien plus qu’en 2020 avec le coronavirus.

Toutes ces petites choses bien pratiques...

L’espace central héberge aussi un panneau de contrôle électronique où l’on règle la température de l’air et de l’eau. Il est aussi normal de voir une lumière s’allumer automatiquement dans le sas, quand on entre dans l’appartement. De même, on profite volontiers de l’interrupteur central pour éteindre ou allumer la lumière dans toutes les pièces par un seul geste. Dans la cuisine, on remarquera aussi l’énorme taille des réfrigérateurs, de plus en plus souvent en version connectée, permettant d’automatiser les commandes alimentaires. Dans un pays comme la Corée du Sud, où le système de livraison à domicile est aussi développé, cela représente l’avenir, indéniablement. On apprécie aussi le compartiment pour boissons, directement accessible par une petite porte. Pas besoin d’ouvrir le frigo entièrement pour se servir un verre ! Dans beaucoup de cuisines, on trouve par ailleurs un second réfrigérateur, spécialement conçu pour ranger et conserver au mieux les kimchi. Et puis, pas de ménage coréen sans son cuiseur de riz, ça va de soi. Cet appareil programmable optimise la cuisson et permet de garder pendant plusieurs jours du riz cuit et prêt à servir. Sans parler de cet appareil qui ressemble à un petit lave-vaisselle, mais contient un énorme bac où le riz non cuit est conservé à température et humidité optimale, traitement que l’Occident n’offre qu’aux grands crus en vins et en cigares. Et le four ? Une option, tout au plus un appareil d’appoint, éventuellement intégrant le micro-ondes. Ce qui fait que la ménagère coréenne considère généralement la fabrication maison de gâteaux, tartes ou quiches comme une science mystérieuse. Quoi qu’il en soit, fruits et légumes font bien sûr partie du régime. Et là, on produit des épluchures. Au lieu de partir directement à la poubelle, elles restent ici dans un bac circulaire étonnamment large, au centre de l’évier. Pourquoi ? Tous ces déchets organiques finissent dans un sachet en plastique, et ceux-ci ont leur prix, car ils sont souvent à jeter dans une poubelle spéciale où les dépôts de chaque ménage sont pesés par un système informatisé qui répercute chaque kilo sur les charges à payer. Et on suit en temps réel, sur internet, l’évolution de son compte personnel.

...et leurs contreparties

Avec tous ces détails bien pratiques, il faut tout de même veiller à éviter certains pièges. Dans la salle de bains, par exemple ! En voulant juste me laver les mains, il m’est arrivé, plus d’une fois, de prendre une douche involontaire ! Car le plus souvent, toute la salle de bains sert de bac à douche et l’inverseur se trouve sur le lavabo, pour basculer entre le robinet et le pommeau. Gare donc à celui qui oublierait d’en vérifier la position, avant d’ouvrir le robinet… Mais une inversion d’un autre type gagne les esprits : si l’Europe expérimente la douche intégrée pour l’espace qu’elle sait offrir, les Coréens, notamment dans les apartments, commencent à aimer les baignoires et les cabines de douche, peut-être fatigués de devoir enfiler des claquettes pour aller aux toilettes quand le sol est encore mouillé par la dernière séance de douche. Ils ont aussi une autre approche des serviettes de bain, qui sont ici de petit format et changées chaque jour. Il faut donc en avoir beaucoup et les laver souvent, mais l’hygiène est parfaite.

L’espace central aussi apporte ses surprises, quand l’interphone transmet des messages de service : une sorte de concierge anonyme diffuse des annonces. Tantôt on recherche le propriétaire d’une voiture mal garée, tantôt une coupure d’électricité est à prévoir le lendemain. Les annonces sont générées par un serveur vocal. D’où le ton mécanique de la voix, même si un effort est fait pour lui conférer une douceur féminine. Vu depuis l’Europe, c’est un brin orwellien. Est-on encore chez soi quand une voix non sollicitée peut s’inviter à tout moment ? Et si ce système pouvait aussi servir à surveiller les habitants ? Certains occupants des apartments le redoutent. Il est par ailleurs possible de couper les fils d’alimentation et certains le font, mais c’est au risque de passer pour des rebelles et de ne pas être au courant de certaines choses. En cas de coupure d’électricité, il vaut mieux être averti car l’alimentation en eau est dépendante du réseau électrique ! Pas de courant ? Pas d’eau courante ! On remplit donc quelques seaux, comme les grands-parents le faisaient tous les jours.

Par Thomas HAHN, journaliste

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CUISINELe Japchae (잡채)

30/09/2022

S’il y a un plat qui ne peut être absent d’une table de fête, il s’agit bien du japchae. Il plaît aux petits comme aux grands, et se compose principalement de nouilles de patates douces. Celles-ci sont mélangées à des légumes finem...

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S’il y a un plat qui ne peut être absent d’une table de fête, il s’agit bien du japchae. Il plaît aux petits comme aux grands, et se compose principalement de nouilles de patates douces. Celles-ci sont mélangées à des légumes finement émincés, de la viande de bœuf, des champignons et de l’œuf, ce qui donne au japchae un côté coloré, délicat et appétissant.

RECETTE

Pour 2 personnes
Préparation : 30 minutes
Cuisson : 15 minutes

● Ingrédients ●
50 g d’épinards
1 cuillère à café de sucre
5 champignons shiitake
165 g de nouilles de patate douce
3 cuillères à soupe de sauce soja
3 cuillères à soupe d’huile végétale
1/2 carotte
1/2 oignon émincé
1/2 poivron rouge
1 cuillère à café de graines de sésame grillées
sel et poivre
2 cuillères à soupe d’huile de sésame

● Préparation ●
1. Nettoyez le sang de la viande avec un essuie-tout et coupez-la en 6cm de longueur et 0.3cm d’épaisseur.
2. Laissez gonfler les champignons dans l’eau tiède environ 20 minutes.
Rincez-bien, coupez-les en morceaux de 5 cms de longueur et 0.3cm d’épaisseur.
3. La viande, les champignons, Marinez-les avec la sauce d’assaisonnement. Laissez-les sauter.

● Méthode ●
1. Faites chauffer l’eau pour les nouilles dans une casserole à feu vif.
Quand l’eau arrivera à ébullition, ajouter les vermicelles pendant 8 minutes.
2. Egouttez-les et coupez-les en 20 cm de longueur.
3. Faites chauffer une poêle huilée, puis faites sauter les oignons, les carottes, le poivron, les épinards avec le sel.
4. La viande et les champignons, faites les sauter
5. Dans un grand bol, Mettez-le tout et mélangez la sauce, les vermicelles et les aliments préparés puis déposez au-dessus la garniture.

Et voilà, le tour est joué ! Plus qu'à passer à table !

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CULTURELe calcul de l'âge à la coréenne

13/09/2022

Tout Coréen possède au moins deux âges différents. Certains en ont même trois ou quatre ! On désigne par « man » (qui signifie plein) l’âge tel qu’il est communément compté en France et en Occident. I...

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Tout Coréen possède au moins deux âges différents. Certains en ont même trois ou quatre !

On désigne par « man » (qui signifie plein) l’âge tel qu’il est communément compté en France et en Occident. Il y a également un âge compté selon le calendrier lunaire, et un autre compté en se basant sur le calendrier dit solaire, qui correspond au calendrier occidental. On compte parfois même l’âge à partir de la date de la déclaration de naissance.

La façon singulière de compter l’âge d’une personne en Corée du Sud est à l’origine de ce casse- tête. Tout nouveau-né a déjà un an en venant au monde ; puis, lors du nouvel an qui suit, on lui attribue une année de plus sans se préoccuper de sa date de naissance. Par exemple, ma fille, qui est née le 6 décembre 1988, a eu deux ans en âge coréen le 1er janvier 1989 alors qu’elle n’avait en fait qu’un mois selon le système français. Elle a actuellement vingt- quatre ans d’après le mode de calcul coréen et vingt-deux ans en âge plein (selon le mode de calcul occidental). Chaque année, ces deux âges sont, pour elle, espacés de deux années entre le 1er janvier et le 6 décembre, et d’une année seulement entre le 6 décembre et le 31 décembre puisqu’elle a un an de plus en âge plein le jour de son anniversaire en gardant le même âge coréen. Cependant, elle peut s’estimer heureuse car si elle était née un peu plus tard, comme moi, en janvier, son année de naissance selon le calendrier lunaire et solaire aurait été différente. En effet, le calendrier lunaire se termine en général vers la fin du mois de janvier (du calendrier solaire). De plus, il arrive parfois que la situation soit encore plus compliquée par le fait que, pour une raison ou une autre, la déclaration de naissance officielle a été faite à une date différente de la date de naissance réelle. Les personnes dans cette situation ont alors un âge officiel différent de leur âge réel.

En Corée du Sud, l’ancienne manière de compter, propre à l’Extrême-Orient, a été conservée. Elle proviendrait d’une façon de penser différente qui prend en compte le temps de la gestation avant la naissance. Cette méthode de calcul trouve ses origines en Chine. Elle s’est propagée à la Corée, au Japon, au Vietnam, à la Mongolie et aux pays d’Asie du Sud-Est. Le peuple entier avait alors un an de plus simultanément. Toutefois, ce jour varie selon le pays concerné. En Corée, il s’agit du jour de l’an selon le calendrier solaire. Et il s’agit du jour de l’an selon le calendrier lunaire en Chine et au Japon. Dans certaines provinces de ce dernier pays, ce jour était celui du début du printemps.

Toutefois, depuis la révolution culturelle, cette manière de compter n’est officiellement plus utilisée en Chine. De même au Japon, où une loi recommande de ne plus utiliser cette méthode depuis 1902 et où, le 1er Janvier 1950, une déclaration intitulée « Loi sur la manière de compter l’âge » a été publiée de manière à ce que tout le monde utilise le système occidental actuel. Cependant, au Japon comme en Chine, l’âge des personnes dans les archives n’a pas été modifié et il est demeuré consigné selon l’ancienne méthode. Pour ce qui est du Vietnam, la méthode traditionnelle n’est plus utilisée, depuis la colonisation française qui l’a éloigné de la culture confucéenne.

Malgré tout, en Corée, l’âge traditionnel reste le plus communément utilisé au quotidien. Et, si l’on parle d’âge plein (occidental), cela doit être bien précisé. En revanche, c’est toujours l’âge plein qui est utilisé dans les médias ou documents officiels. Mais là encore, l’utilisation de cette méthode n’est pas généralisée. Pour l’âge coréen, l’unité communément choisie est « sal »*, mais d’après la loi, il faut utiliser l’âge plein, prenant en compte la date de naissance, dont l’unité sera « sé »** . Pour éviter les confusions sur les documents, tels que les curriculum vitae, on recommande d’indiquer la date de naissance ou le numéro d’identité national, qui inclut la date de naissance, plutôt que de mettre l’âge. Dans certains cas, des variantes de ce procédé sont utilisées. Dans le cadre du service militaire - obligation concernant tous les jeunes garçons coréens en bonne santé -, le bureau des ressources humaines simplifie la gestion des troupes en ne prenant en considération, pour compter l’âge des soldats, que l’année de naissance. De même, les lois de protection des mineurs excluent, dès le 1er janvier, les personnes qui auront 19 ans en âge plein cette année-là. Cela a, bien entendu, des effets en concrets. Par exemple, même si une personne est née le 3 mai, elle ne sera plus protégée par les lois concernant les mineurs à partir du 1er janvier de l’année où elle aura 19 ans.

* An en coréen
** Egalement An en sino-coréen

Ainsi, même la loi utilise des références différentes pour l’âge des personnes. C’est à cause de la complexité du calcul de l’âge que de nombreuses personnes cherchent sur internet comment calculer leur âge. Ces personnes indiquent leur date de naissance sur des forums sur internet, et les internautes leur répondent aimablement quel est leur âge coréen, leur âge plein, leur âge selon le calendrier lunaire, leur âge selon le calendrier solaire, etc.

Il peut arriver des évènements tels que celui qui s’est passé aux Etats-Unis il y a quelque temps, lors de l’affaire concernant les « femmes de réconfort »* : l’âge des « Halmunis »** ne concordant pas, les procès avaient dû être différés. D’ailleurs, tout Coréen résidant à l’étranger réalise tôt ou tard, à ses dépens, qu’il existe, par rapport à la Corée, une différence dans la manière de compter l’âge et aussi que le fait d’être l’aîné ne donne pas, en Occident, les mêmes prérogatives.

*Femmes qui, durant la Seconde Guerre mondiale, furent contraintes à se prostituer pour l’armée impériale japonaise. On estime leur nombre à plus de 200 000.
** Signifie grand-mère en coréen. Appellation communément utilisée en Corée pour les femmes de réconfort car toutes ont maintenant plus de 80 ans.

Les problèmes liés à l’âge sont également assez fréquents au sein même de la Corée. Dans la société coréenne, une stricte hiérarchie est clairement définie, même entre jumeaux. L’une des premières questions que l’on pose, lors d’une rencontre, porte sur l’âge de l’interlocuteur. En effet, comme la filiation, la région d’origine et la scolarité, l’âge est un des facteurs importants de la construction de la relation entre les personnes. Parmi les éléments précités, c’est l’âge qui a le plus d’influence sur le langage, les appellations utilisées et la manière de s’adresser à une personne. Cette fois encore, la référence habituelle est l’âge coréen traditionnel. Il n’y a que parmi les jeunes générations où l’âge plein est parfois utilisé. Une des solutions employées, pour éviter les calculs, consiste à demander à la personne qui nous interroge sur notre âge de préciser si sa question porte sur l’âge plein ou l’âge coréen. C’est ce qui se passe en général dans les situations où l’âge peut être honnêtement dévoilé sans conséquences. Mais dans de nombreux cas, on déclare l’âge qui nous est le plus favorable, en ne précisant pas intentionnellement de quel âge il s’agit. Ceci est dû à la survivance de l’influence confucéenne dans la société coréenne, dont une des caractéristiques est une hiérarchie sociale très marquée. L’une des vertus les plus importantes, que prône le confucianisme, est le respect dû par la personne inférieure à la personne supérieure, et l’obéissance absolue qu’elle lui doit. Cette tendance est entretenue et renforcée chez les hommes par l’existence du service militaire. Elle est aussi fortement présente chez les femmes, où le respect de cette règle fait partie de la bienséance. Les appellations familiales telles que « grand frère », ou « grande sœur », sont aussi employées en société.

La société coréenne est donc une société où la hiérarchie est strictement déterminée par l’âge. C’est pourquoi, une personne devant obéissance à son aîné est toujours dans une position inférieure. Pour éviter cette situation souvent embarrassante, chacun déclare par réflexe l’âge qui lui confèrera le plus d’avantages.

En Corée du Sud, l’année scolaire débute en mars et se termine en décembre. Les enfants nés en janvier et février sont habituellement scolarisés avec ceux qui sont nés l’année précédente. Moi qui suis née un 27 janvier, j’ai donc été à l’école avec des personnes plus âgées que moi en âge coréen. Ayant un an d’écart avec mes camarades de classe, à cause d’une différence réelle de seulement 27 jours, mon âge a été une source de complexe pendant toute ma scolarité. Certains camarades s’adressaient à moi comme à un enfant dès qu’ils prenaient connaissance de ma date de naissance et, chaque fois, je marmonnais la même explication sur le fait que j’étais née en début d’année. Pour les hommes, le désavantage d’être plus jeune est encore beaucoup plus flagrant. En Corée, il est de coutume de se servir mutuellement de l’alcool dans un même verre après un repas. Il est fréquent que l’ordre de réception du verre soit, pour les hommes, gouverné par l’âge. Cette pratique peut être considérée comme une prolongation des méthodes utilisées durant le service militaire pour bien marquer les relations hiérarchiques. C’est dans ce genre de situation que chacun utilise des excuses telles qu’un prétendu retard dans la déclaration de naissance, son appartenance à l’année précédente selon le calendrier lunaire, etc. pour tenter de masquer le fait d’être plus jeune de quelques mois - voire d’une ou deux années - par rapport aux autres. Tout cela pour éviter de se retrouver dans une situation d’infériorité.

Ceci étant, dès que l’ordre de naissance est connu de façon claire et nette, il s’établit en général une relation fraternelle forte du type grand frère – petit frère. C’est là une particularité des Coréens. Une personne devra respect à son aîné à cause de son jeune âge, mais elle pourra parallèlement aussi en retirer certains bénéfices, comme par exemple la possibilité de solliciter l’aîné pour tel ou tel service.

En Corée, plus une personne attache une importance manifeste à l’âge et plus il y a de chance qu’il s’agisse d’une personne qui a l’habitude d’utiliser un âge dit « élastique », c’est- à-dire variant en fonction de la situation dans laquelle elle se trouve. En fait, la hiérarchie liée à l’âge est tellement stricte dans les rapports sociaux, qu’il suffit d’être légèrement plus âgé que l’autre pour se mettre d’emblée en position de supériorité. Par exemple, en Corée, lors d’un accident de voiture, il n’est pas rare d’entendre une personne crier des choses telles que « J’ai l’âge d’être ton père ! » pour faire reconnaître à l’autre ses torts. Cette propension à vouloir abaisser l’autre en mettant en avant le facteur âge - qui peut être très choquante pour les étrangers -, n’est pas le seul fait des adultes. Les enfants aiment également établir une hiérarchie entre eux, et usent aussi d’appellations telles que « grand frère ». Même avec une seule année de différence, chez les garçons, l’aîné doit toujours être appelé « grand frère ». Et entre filles, on se doit d’utiliser l’appellation « grande sœur ». Si on manque à ce devoir, la riposte peut être brutale. Il n’est pas rare que des bagarres éclatent en cas de manquement à la règle. Car le fait de ne pas utiliser l’appellation appropriée peut être considéré comme une marque de mépris.

Des querelles à propos de ces appellations et de leur usage peuvent être observées en Corée tant chez les enfants que chez les adultes, dans toutes les classes sociales. Une anecdote amusante montre que même mes enfants, qui pourtant sont nés et ont grandi en France, étaient très sensibles à cet usage lorsqu’ils étaient jeunes. Quand ils dialoguaient en français, ils s’appelaient toujours par leurs prénoms, à l’occidentale, mais dès qu’ils parlaient en coréen, ma fille aînée se mettait en colère parce que son petit frère n’utilisait pas l’appellation « grande sœur ». Mes deux enfants, qui ont maintenant plus de vingt ans, sont toujours en désaccord à propos de cette coutume coréenne. Mon aînée trouve que, quand on s’adresse à quelqu’un, le fait d’utiliser une appellation familiale dès la première rencontre, facilite l’établissement d’un lien entre les personnes. Tandis que son petit frère, lui, se plaint de la difficulté à avoir une relation d’individu à individu si un rapport de hiérarchie s’installe dès les premiers instants d’une rencontre.

Pour ce qui est des étrangers, qui sont en contact avec des Coréens, le fait d’avoir à donner son âge peut également poser problème, dans la mesure où il s’agit là, pour les Occidentaux, d’une information plutôt personnelle. L’habitude coréenne, consistant à demander d’entrée l’âge de son interlocuteur, peut donc choquer l’Occidental non averti.

De plus, les méthodes de calcul des dates de naissance, en fonction du référentiel solaire ou lunaire, compliquent encore plus la donne. Les générations, nées en Corée avant 1960, ont tendance à fêter leurs anniversaires et autres dates marquantes selon le calendrier lunaire. Ce qui aboutit concrètement à ce que (selon le calendrier solaire), une personne respectant le calendrier lunaire fête tous les ans son anniversaire un jour différent. C’est pourquoi il n’est pas rare que sur les calendriers imprimés en Corée, la date du référentiel lunaire soit indiquée en petits caractères en dessous de la date du calendrier solaire. De même, il existe sur les documents d’identité coréens un espace destiné à indiquer à quel calendrier correspond la date de naissance inscrite.

Pour ce qui est des anniversaires, « Hwangap », le soixantième, est le plus important dans la vie des Coréens. Soixante ans de vie correspondent au retour à son année de naissance selon les cycles sexagénaires traditionnels. Autrefois, quand la durée de vie moyenne des gens était bien inférieure à 60 ans, c’était également l’occasion de fêter, en organisant un grand banquet, la longévité d’une personne. Toutefois, si l’on procède selon la manière traditionnelle de compter l’âge dans mon pays, cela correspond en réalité au soixante-et-unième anniversaire en âge coréen. Le soixante-et-unième anniversaire en âge plein, qui est lui appelé « Jingap », est également fêté, généralement en famille, le plus souvent en effectuant un voyage. De nombreux Coréens utilisent internet pour calculer la date du « Hwangap » et du « Jingap » de leurs parents, ce qui montre bien que ce n’est pas là une mince affaire. Lorsque les calendriers lunaires et solaires entrent en jeu en même temps, le calcul devient compliqué. Il n’est donc pas rare que le nombre de bougies sur un gâteau d’anniversaire soit incorrect.

En Corée, il y a des gens qui sont pour et des gens qui sont contre l’utilisation de ces différentes sortes d’âge. Les deux « camps » présentent des arguments recevables. Ceux qui s’y opposent mettent en avant les inconvénients énumérés précédemment. Tandis que ceux qui sont pour leur utilisation soulignent qu’il s’agit là d’une méthode très naturelle pour les Coréens qui ont vécu durant des siècles sous influence confucéenne. Dans une société où la hiérarchie était omniprésente et où les règles de base étaient d’appeler « grand frère » ou « grande soeur » les personnes qui avaient ne serait-ce qu’un an de plus que soi.

Il est important de noter que l’utilisation de ces appellations (d’ailleurs identiques à celles utilisées pour les vrais frères et sœurs), témoigne d’un fort esprit de communauté et d’une proximité entre ses membres, fondements de la société coréenne. Au contraire, dans les sociétés occidentales, le pronom personnel « vous » ou « you » est utilisé de manière générale, quel que soit l’âge de l’interlocuteur. Ceci étant, dans toute société, la connaissance de l’autre est la condition permettant l’établissement d’une bonne relation. Et comme, en Corée, cette connaissance de l’autre commence par l’âge, il est donc tout à fait naturel que ce soit la première question qu’on pose lors d’une première rencontre entre deux personnes.

Un autre argument, mis en avant par ceux qui sont pour la manière coréenne de calculer l’âge, consiste à dire qu’il convient de donner un an au nouveau-né parce qu’il faut prendre en compte la durée de la gestation dans le ventre de sa mère. D’après le livre « Oen Hae Tae San Jib Yo »* (Analyse des rapports médicaux chinois) de Heo Jun, célèbre médecin coréen du XVe siècle, l’âme de l’enfant est déjà présente dans son corps, dès le second mois de la formation de l’embryon. Partant de ce postulat, certains avancent comme explication que c’est par respect pour cet être doté d’une âme, que les Coréens ont adopté cette manière de compter.

* 언해태산집요 Livre du XIVe siècle traduit du chinois par le médecin Heo Jun portant sur la naissance et l’éducation des enfants.

Toutefois, nombreux sont ceux qui affirment qu’il s’agit là d’une pure invention. D’une part, la considération de l’embryon dès sa formation n’explique pas pourquoi les neuf mois de gestation sont arrondis à une année. D’autre part, ces personnes soulignent également le fait que, si l’on attribue un an à l’enfant à sa naissance, il serait logique qu’il ait deux ans lors de son anniversaire un an plus tard plutôt qu’au nouvel an qui suit. Ils avancent également l’argument consistant à dire que, au vu du nombre d’avortements pratiqués en Corée ces dernières années, il semble douteux que le peuple coréen ait autant de respect pour la vie de l’embryon...

Un autre argument avancé pour expliquer la manière singulière des Coréens de compter l’âge est que, autrefois, le zéro n’existait pas et que le premier nombre était un. Dans l’ancien temps, le décompte des siècles commençait également à un et non pas à zéro. Et comme, par ailleurs, les mois n’étaient pas pris en considération dans le calcul de l’âge en Asie, un enfant avait donc un an au moment de sa naissance. Cependant, cet argument ne permet pas d’expliquer le fait que tout un peuple ait ensuite un an de plus simultanément le jour de l’an, à minuit précisément.

Quoi qu’il en soit, les Coréens du Sud sont aujourd’hui les seuls au monde à employer ces modes de calcul de l’âge divers et singuliers, hérités de l’ancien temps, qui n’ont d’ailleurs plus cours même en Corée du Nord. Comment expliquer ce paradoxe que cultivent mes compatriotes, connus pour être à la pointe des avancées technologiques et leurs grandes capacités d’adaptation et qui, pourtant, continuent à suivre le fil de la tradition en utilisant un mode de calcul de l’âge qui n’existe nulle part ailleurs et qui est, du point de vue occidental, illogique et irrationnel ?

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