Connaissez vous la Corée ?

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GEOGRAPHIELes montagnes, écrin de Séoul

22/03/2024

Les reliefs montagneux couvrent environ 70% du territoire sud-coréen et constituent la marque caractéristique de ses paysages. C’est en particulier le cas pour Séoul où ils s’imposent au regard du promeneur et font partie de son charme et de sa personnalit&eac...

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Les reliefs montagneux couvrent environ 70% du territoire sud-coréen et constituent la marque caractéristique de ses paysages. C’est en particulier le cas pour Séoul où ils s’imposent au regard du promeneur et font partie de son charme et de sa personnalité. Alors qu’ils peuvent se révéler un handicap pour les activités humaines dans le reste du pays, les Séouliens se les sont appropriés dans leur vie quotidienne, pour leur plus grand bénéfice.

 

En 1905, Pierre Loti écrivait dans La Troisième Jeunesse de Madame Prune : « Dès le matin, ce soleil, sur l’immense ville grise, enfermée dans ses remparts crénelés et dans son cirque de montagnes grises […]. De tous côtés surgissait dans le ciel, comme un terrible mur en pierrailles noirâtres la chaîne de ces montagnes enveloppantes… » Peut-être était-ce un jour de pluie sur la ville ou de cafard pour l’auteur, car ces montagnes sont aujourd’hui plutôt considérées comme un atout esthétique majeur de la cité. Séoul comptait alors 230 000 habitants environ contre plus de dix millions aujourd’hui ; elle n’est plus « grise », loin s’en faut, la couleur est partout (sauf sur les immeubles verticaux qui semblent vouloir concurrencer la hauteur des pics), mais le « cirque de montagnes » est bien sûr toujours là, parfois partiellement englobé dans Séoul. En tout cas, il n’est plus ressenti comme « terrible », les Séouliens l’ont apprivoisé.

 

Une capitale née d’un qi propice

On pourrait dire que la montagne a en quelque sorte enfanté Séoul. La cité, qui s’appelait alors Hanyang, devint en 1394 la capitale de la dynastie Yi fondée en 1392 par le général coréen Yi Seonggye. Ce choix résulta de longues délibérations. Il fut en effet déterminé suivant les règles de la géomancie (fengshui en chinois, pungsu en coréen) dont les principes de base, pour résumer très rapidement une doctrine assez complexe, sont que la nature est vivante et que, tout comme le corps humain, elle est parcourue de flux d’énergie (qi en chinois, gi en coréen). L’endroit où les veines qui véhiculent le qi sous la surface de la terre convergent est réputé propice à l’établissement humain. Une condition essentielle réside dans la présence de cours d’eau sur le site, mais surtout d’une montagne sur ce qui doit devenir l’arrière de cet ancrage. Toutes ces conditions furent jugées remplies sur l’emplacement de ce qui allait devenir la capitale du royaume de Joseon, en particulier grâce à la présence au nord du mont Bukhan. Le palais royal, Gyeongbok, fut construit en l’adossant à cette montagne, le flux bénéfique qui en émanait traversant la salle du trône avant de baigner la ville.

 

Une « montagne »… de 125 m d’altitude

Une précision s’impose. Les Coréens accolent libéralement le suffixe san, « montagne » (Bukhansan, par exemple) aux noms de reliefs de hauteurs vraiment diverses : dans le cas de Séoul, 836 m au pic Baegundae, le plus élevé, qui se dresse sur le mont Bukhan – classé parc national en 1983 – ou 125 m pour la plus petite « montagne », le mont Nak (Naksan), qui est plutôt une colline étirée. Le « cirque de montagnes » qu’évoquait Pierre Loti est composé, pour citer les principales hauteurs, des monts Bukhan, Dobong (739,5 m en son point culminant) à la limite nord de l’agglomération, Gwanak (632 m) au sud, ainsi que d’un grand nombre d’ensembles rocheux plus ou moins importants à présent sertis dans la ville : le mont Nam (262 m) – le plus célèbre ; avec la tour de télécommunication de 236,7 m qui le surmonte, il est un peu l’image symbole de Séoul comme la tour Eiffel l’est pour Paris – au centre de la ville, les monts Inwang (338 m) au nord, Yongwang (78 m) à l’ouest, Acha (287 m) à l’est, Maebong (95 m) au sud du fleuve Han… Autant d’éminences d’où on peut jouir de magnifiques vues sur Séoul. Sans compter un grand nombre de petites collines boisées, aux pentes plus ou moins raides, disséminées dans la ville et qui apparaissent au détour d’une rue.

 

La montagne, domaine de l’esprit… et des esprits

Depuis des siècles, la montagne a inspiré les poètes et les peintres coréens. Elle a également attiré les âmes en quête d’absolu ou de réconfort. Ces monts, parsemés d’ermitages bouddhiques et d’autels chamaniques, sont des hauts lieux – sans jeu de mots – spirituels peuplés d’esprits. Les peintures représentant Sanshin, le dieu des montagnes en Corée, sont présentes dans nombre de ces sanctuaires. Il y est souvent représenté comme un vieillard à longue barbe blanche assis à côté d’un tigre, lequel était réputé être envoyé en mission de représailles contre les villages qui avaient déplu à la divinité. Une mention particulière pour le mont Nam, qui marquait autrefois la limite sud de la capitale. À la fin du XIVe siècle avait été édifié à son sommet un sanctuaire dédié aux divinités de la montagne, qui était devenu un des principaux centres du chamanisme en Corée, le Guksadang – on peut d’ailleurs encore apercevoir dans quelques replis discrets du roc des femmes en prière devant de petits autels garnis de la tête de porc caractéristique des offrandes faites au nom de cette croyance. L’occupant japonais le fit détruire en 1925, édifiant par ailleurs à mi-pente, en une sorte de guerre des symboles, un temple shintoïste appelé Chosen Jingu, aujourd’hui détruit. Le Guksadang fut transféré sur le mont Inwang, la « montagne sacrée de Séoul » du fait des nombreux sanctuaires bouddhiques ou chamaniques qu’on y trouve. À noter le Seonbawi, rocher célèbre qui, selon les Coréens, évoque un moine bouddhiste en prière. C’est traditionnellement le lieu de prédilection des femmes qui veulent prier pour avoir un enfant. Le mont Inwang marquait autrefois la limite ouest de Séoul. Un sentier qui longe l’ancienne muraille conduit au sommet.

 

Une couronne de murailles

Un autre écrivain-voyageur français, Jean de Pange, notait en 1904 dans son livre En Corée : « […] au fond d’un cirque de montagnes granitiques, il [Taejo, le fondateur de la dynastie Joseon] édifia son palais, puis éleva une enceinte gigantesque que la ville, malgré ses deux cent mille habitants, n’est jamais parvenue à remplir. » Eh bien, avec le temps, elle y est parvenue ! Séoul était ceinte de 18 km de « remparts crénelés », comme l’écrit Loti, édifiés à la fin du XIVe siècle et qui reliaient quatre des sommets du « cirque de montagnes » : Bugak au nord, Nak à l’est, Nam au sud et Inwang à l’ouest. Des pans en furent abattus du temps de la colonisation japonaise afin de construire des routes et de créer des lignes de tramway. Seuls furent épargnés des tronçons courant le long des hauteurs, ainsi que deux grandes portes qui perçaient la muraille, Namdaemun et Dongdaemun, devenues depuis des îlots battus par les flots du trafic automobile. Cette enceinte a été restaurée, essentiellement sur les lignes de faîte, sur une longueur de 10 km et fait toujours partie du paysage de la capitale. Sur le mont Nak, on peut, en dépit de sa faible hauteur, admirer de superbes panoramas en partant de Dongdaemun et en longeant la vieille muraille. Le sentier, qui au passage traverse le pittoresque Village mural dédié au street art et très à la mode, débouche sur un jardin en pente au niveau du quartier Hyehwa.

 

"Sanshin, le dieu des montagnes en Corée, est souvent représenté comme un vieillard à longue barbe blanche assis à côté d’un tigre."

 

Le poumon vert des Séouliens

Ce Village mural perché à proximité des remparts illustre l’appropriation par les Séouliens de leurs montagnes devenues des lieux de vie, de loisirs, de détente, d’activités physiques et d’une – relative – oxygénation. Les reliefs forestiers constituent en effet une part importante des 160 km2 d’espaces verts de la capitale et après quelques instants de marche, en sortant d’une bouche de métro par exemple, il est presque toujours possible de se retrouver sur des chemins de terre pentus serpentant au milieu des arbres. Pour comprendre le rôle essentiel que jouent les san – quelle que soit leur taille – dans le quotidien des habitants, il suffit de voir la ruée de Coréens de tous âges, généralement en groupes, équipés comme pour la conquête du mont Blanc, se lançant sur des sentiers de randonnée plus ou moins ardus afin de fuir la pollution urbaine et de retrouver la nature. Les sacs à dos gonflés ne contiennent ni tentes ni piolets, mais le sacro-saint pique-nique que l’on dégustera si possible les pieds dans l’eau des petits torrents. La semaine rend à ces reliefs une partie de leur calme. Ils sont alors largement fréquentés par des personnes âgées qui entretiennent leur forme grâce à la marche et aux nombreuses aires de fitness aménagées par la municipalité au détour des sentiers. C’est aussi pour elles l’occasion de retrouver les copains ou les copines pour de longues conversations à l’ombre d’un petit kiosque au toit en forme de pagode ou de faire une paisible sieste allongé(e) sur un banc. Les joies d’un farniente bucolique… à deux pas de la frénésie de Séoul.

 

Par Jacques BATILLIOT - Traducteur

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GASTRONOMIEConnaissez-vous le Baek Kimchi ?

11/03/2024

Le Baek Kimchi   Si vous êtes un amateur de cusine coréenne, vous devez conaitre le kimchi. Mais connaissez vous le Baek Kimchi (백김치) ? En français, on pourrait le traduire par "Kimchi blanc", car c'est un kimchi non pimenté ! Il ne présente donc...

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Le Baek Kimchi

 

Si vous êtes un amateur de cusine coréenne, vous devez conaitre le kimchi.

Mais connaissez vous le Baek Kimchi (백김치) ?

En français, on pourrait le traduire par "Kimchi blanc", car c'est un kimchi non pimenté ! Il ne présente donc pas cette couleur orangée habituelle, et peut davantage convenir aux palais européens non habitués au piment. Son gout sera plus doux que le kimchi conventionnel, mais n'en sera pas moins goutû !

Attention, certaines recettes peuvent contenir quelques morceaux de piment frais tout de même.

 

 

 Recette

 

● Ingrédients ●

Choux coréen* 2 pièces 
(environ 3 kg)
*NDT : communément appelé chou chinois
Saumure : 300 g de gros sel, 3 litres d’eau
Piments rouge 4
Poire (nashi) 1 
(environ 300 g)
Radis 400 g
Ciboulette coréenne 
(쪽파, jjokpa) 50 g
Persil japonais (미나리, minari) 100 g
Châtaignes épluchées 10
Jujubes 10
Pignons de pin 2 càs
Jus d’ail 5 càs
Jus d’oignon 5 càs
Jus de crevettes macérées (saeujeot) 5 càs
Sauce d’anchois (myeolchijeot) 5 càs
Jus de gingembre 1 càs

▪ Jus pour baekgimchi
Infusion de kombu (dashima) 5 verres
Jus de poire 1 verre
Sirop de prune verte (매실청, maesilcheong) 1 verre
Sel 3 càs

● Préparation ●
1. Nettoyer les pieds des choux, couper les choux en deux dans le sens de la longueur. Les inciser par le pied jusqu’à la moitié de la longueur. Faire tremper dans la saumure jusqu’à ce qu’elle pénètre dans les choux, puis les fendre en deux.
2. Saupoudrer de gros sel entre les feuilles (1 càs de sel pour un quart de choux) et laisser reposer les huit quarts de chou. Déposer un sac rempli d’eau sur les choux pour les compresser légèrement et mieux les faire dégorger.
3. Rincer les choux salés et les laisser égoutter pendant une heure.
4. Couper finement les piments rouge, la poire, et le radis en julienne, la ciboulette et le persil japonais en 3 cm de longueur.
5. Couper les châtaignes épluchées en fines tranches, les jujubes en julienne. Nettoyer les pignons de pin avec un torchon sec.
6. Préparer la sauce pour baekgimchi et bien mélanger avec les légumes coupés (4).
7. Insérer cette préparation entre chaque feuille de choux égouttés. Préparer le jus pour baekgimchi et le verser uniformément sur les choux garnis. Laisser reposer à température ambiante pendant une journée puis conserver au frais, et laisser fermenter selon le goût avant de servir.

* Le temps de trempage des choux dans la saumure à température ambiante va de 5 à 6 heures en été jusqu’à environ 10 heures en hiver.

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CULTURELes noms des Coréens

14/02/2024

Entrer dans l’univers des noms des Coréens, c’est pour l’Occidental se confronter à l’inconnu, tant du point de vue phonétique que graphique. C’est aussi le reflet des divers épisodes de l’histoire de la Corée.   Les Fran&...

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Entrer dans l’univers des noms des Coréens, c’est pour l’Occidental se confronter à l’inconnu, tant du point de vue phonétique que graphique. C’est aussi le reflet des divers épisodes de l’histoire de la Corée.

 

Les Français éprouvent souvent de l’embarras lorsqu’ils se trouvent confrontés aux noms coréens. Quand ils sont amenés à les lire à haute voix d’après une transcription en alphabet latin, ils s’y hasardent prudemment tout en s’excusant par avance de leur maladresse qu’ils pressentent inévitable. Si le patronyme vient en premier comme il est d’usage en Corée, ils tomberont avec un peu de chance sur un « Kim » ou un « Lee », mais le répit sera bref car il faudra aller jusqu’au bout de l’exercice et se risquer sur le prénom. La situation s’avère également épineuse et frustrante quand il s’agit de se rappeler un nom coréen. « Comment s’appelle le cinéaste qui a réalisé le film magnifique que j’ai regardé l’autre jour ? » Pas étonnant que les stars de la K-pop se dotent d’un nom d’artiste facile à retenir, Jin, Jimin, Rosé, etc. Enfin, un dernier problème qui laisse perplexes les étrangers – et parfois les Coréens eux-mêmes : le prénom ne permet pas toujours de savoir si la personne est une femme ou un homme, à moins d’être utilisé dans un contexte comme dans « Han Kang, autrice... ».

 

À défaut, hélas, d’une solution pour vous tirer d’affaire, nous proposons dans cet article quelques explications à propos de la manière dont les Coréens se nomment. Commençons par la transcription qui vient d’être évoquée. La langue coréenne s’écrivant à l’aide d’un alphabet particulier, la nécessité s’impose dès qu’on sort de la sphère coréenne de transcrire les noms propres dans une écriture plus universelle pour permettre aux non-coréanophones de les reconnaître. La question se pose en général lors d’une première demande de passeport. Les citoyens sud-coréens sont libres de choisir, dans les limites de l’acceptable, la façon dont leur nom doit s’écrire en alphabet latin et ne sont pas obligés d’appliquer le système de romanisation en vigueur dans le pays. Depuis le début du nouveau millénaire, l’Institut national de la langue coréenne publie régulièrement des recommandations en la matière, mais aucune règle n’est imposée par la loi. La situation devient parfois un peu confuse, comme celle de cet écrivain qui a voulu modifier l’orthographe occidentale de son nom entre deux publications de traductions en français de ses œuvres pour s’aligner sur le choix qu’avait fait entre temps son traducteur anglais… L’anglais est d’ailleurs souvent pris comme langue de référence par les Coréens quand ils doivent décider de la romanisation de leur nom et c’est la raison pour laquelle la voyelle ㅓ correspondant au son  « o » ouvert est fréquemment transcrite « u » (Kim Ki-duk) et la voyelle ㅜ « oo » (Hong Sang-soo) et non « u ». Alors que la correspondance 김-Kim suscite un consensus quasi unanime, rares sont les étrangers qui savent que le patronyme « Rhee » de Syngman Rhee, ancien président de la République, est en réalité le même que celui qu’on écrit la plupart du temps « Lee » ou, plus rarement, « Yi » et pour lequel les Nord-Coréens, plus respectueux que les Sudistes des normes de romanisation de leur pays – par ailleurs, différentes de celles du Sud – optent pour « Ri ». Il en va de même pour l’orthographe des prénoms, ainsi que pour la façon d’assembler les syllabes : Sangsoo, Sangsoo, Sang-Soo, Sang Soo, etc.

 

Vous rencontrez un Coréen. Avec les intentions les plus amicales, vous lui déclarez : « Mon voisin aussi est coréen. Il s’appelle Kim. Vous le connaissez peutêtre ? » Cette question risque de provoquer un éclat de rire amusé chez votre interlocuteur. D’après le recensement de 2015, les « Kim » représenteraient 21,5 % de la population sud-coréenne, soit un peu plus d’un Coréen sur cinq… Le pourcentage total atteindrait 44,6 % si on ajoutait ceux des « Lee » (Yi, Rhee…) et des « Park » (Pak, Bak…) qui arrivent respectivement en deuxième et en troisième position. Il n’existe dans le pays que trois cents patronymes « locaux » environ, excluant ceux des étrangers naturalisés coréens. Ils sont généralement formés d’une seule syllabe comme nous venons de le constater, mais de deux parfois, comme c’est le cas de l’acteur Namkoong Min. Ils proviennent d’un long processus d’assimilation de la civilisation chinoise - notamment de l’écriture chinoise - par l’élite coréenne, entamé à l’époque dite des Trois Royaumes, entre le 4e et le 7e siècle. Aujourd’hui en Corée du Sud, l’utilisation exclusive de l’alphabet coréen hangeul créé au 15e siècle est en vigueur. Cependant, une part importante (60-70 %) du lexique coréen est d’origine sino-coréenne. Ainsi, derrière « Kim » 김 se cache le caractère chinois 金, tandis qu’il sera difficile de deviner, en rencontrant un « Jeong » 정, auquel des deux caractères chinois, 鄭 ou 丁, correspond le nom.

 

Le faible nombre de patronymes a pour conséquence qu’un Jeong (ou Jung, Chung… vous l’aurez compris), nom de famille d’environ 5 % de la population sud-coréenne, ne sera pas particulièrement ému en rencontrant un autre Jeong car rien ne prouve qu’il existe un lien de parenté entre eux. Si le sujet l’intéresse, il pourra interroger l’autre sur le sinogramme utilisé pour son nom. En cas de réponse encourageante, il pourra poursuivre son investigation : « Mais Jeong de quel endroit ? » Il s’agit de ce qu’on appelle en coréen bongwan ou bon, c’est-à-dire le lieu d’où est originaire la branche familiale. Si deux personnes portent un nom de famille identique originaire du même lieu, un lien de parenté est établi. Cette configuration, c’est-à-dire celle de deux porteurs du même patronyme originaire du même bongwan, a longtemps entraîné une interdiction de mariage, interdiction régulièrement controversée du fait du nombre élevé de cas concernés et aujourd’hui largement assouplie.

 

La Corée est une société patrilinéaire où chacun, homme ou femme, relève du lignage de son père dont il hérite le patronyme, ce qui permet d’identifier ses origines. Les épouses conservent ainsi leur nom paternel de jeune fille après le mariage. En revanche, à la fin des années 1990, certaines féministes ont pris l’initiative d’allonger leur patronyme en ajoutant celui de leur mère. L’anthropologue Jo Hye-jeong a ainsi choisi de devenir Jo Han Hye-jeong, non à la suite d’un mariage comme on pourrait le croire, mais en signe d’engagement contre le système patriarcal et les discriminations subies par les femmes. De nos jours, il n’est pas rare de tomber sur un nom ainsi composé, non seulement chez les femmes, mais aussi chez les hommes sympathisants de la cause féministe.

 

Quid des prénoms ? Si les patronymes sont limités en nombre, ce n’est pas le cas des prénoms. En effet, les parents peuvent recourir à leur imagination pour en trouver un original pour leur rejeton. Du moins théoriquement, car l’originalité n’est pas nécessairement la première qualité recherchée dans ce genre de choix. Un autre facteur qui limite les possibilités se trouve dans le fait qu’un prénom se compose de deux syllabes dans la très grande majorité des cas, même s’il peut en compter une seule, trois, voire plus. Par ailleurs, pour les garçons, la tradition veut que l’une des deux syllabes soit dictée par les aïeuls du clan familial qui entendent ainsi marquer la génération (hangryeol) – le degré de filiation et non l’âge – à laquelle l’individu appartient. Un oncle plus jeune que vous est un oncle quand même, c’està-dire d’un rang supérieur au vôtre, et vous lui devez le respect. Il existe en coréen un lexique assez détaillé pour préciser le lien de parenté et la hiérarchie, tandis qu’en français, en dehors de « oncle » et de « tante », le mot « cousin(e) » est passe-partout. Dans beaucoup d’autres pays dont la France, on donne parfois aux enfants les prénoms de leurs grands-parents en signe d’affection, mais cette pratique est inimaginable en Corée car trop irrévérencieuse. Enfin, sans qu’il s’agisse nécessairement de l’indication de génération évoquée précédemment, les frères et sœurs ont souvent en partage une même syllabe, à l’instar de la fratrie Yongsu, Yongho et Yonghui dans l’œuvre romanesque de Cho Sehui intitulée La Petite Balle lancée par un nain (1978).

 

Autrefois, les hommes de la noblesse possédaient plusieurs noms : d’abord un prénom d’enfant, assez quelconque celui-là par une espèce de superstition pour éviter d’attirer l’attention des mauvais esprits, ensuite un prénom officiel dont jouissait l’intéressé dès l’adolescence et enfin d’autres, appelés ho, qu’il s’octroyait lui-même ou se voyait attribuer par un proche aux différents moments de sa vie. Cette multiplicité de dénominations s’observe jusqu’au début du 20e  siècle. L’écrivain Yi Kwang-su (1892-1950) s’appelait Yi Bogyeong quand il était enfant et il avait de nombreux ho, les plus connus étant Chun-won, « jardin printanier », et Go-ju, « barque solitaire ». Enfin, Kayama Mitsurō était son nom japonais car, vers la fin de l’occupation, qui a duré de 1910 à 1945, les Japonais ont contraint les Coréens à japoniser leur nom. Plusieurs critères entrent en ligne de compte quand des parents s’attellent au choix d’un prénom pour leur enfant. Certains font même appel à un « spécialiste », car un prénom est supposé pouvoir exercer une influence sur le destin d’une personne. De manière générale, la signification a autant d’importance que la sonorité ; une fois les syllabes choisies, on passe en revue les sinogrammes possibles pour dénicher une combinaison qui véhicule un sens positif. Si vous rencontrez une Se-jin, il y a de fortes chances pour que son prénom signifie le « trésor du monde ».

 

Les prénoms peuvent également être touchés par un phénomène de mode, surtout les prénoms féminins moins sujets aux contraintes imposées par la famille évoquées plus haut. Ainsi, beaucoup de femmes nées sous l’occupation japonaise portent un prénom japonisant qui se termine par « ja », prononciation coréenne du sinogramme qui signifie « enfant » (la prononciation japonaise étant « ko ») : Chunja (Haruko en japonais), Myeongja (Akiko), Sunja (Junko), etc. Dans l’univers littéraire de la romancière Hwang Jungeun, plusieurs personnages féminins portent le prénom Sunja. Il s’agit souvent d’une figure maternelle aimante et dévouée qui a survécu à des périodes difficiles plus ou moins en lien avec le contexte politique et social du pays. Dans une de ses dernières œuvres, dont la traduction française, intitulée D’année en année (titre provisoire), devrait paraître fin 2023, Sunja est une orpheline de guerre confiée à un grand-père peu affectueux, puis à une tante qui la fait travailler comme une bonne à tout faire. L’autrice rend ainsi hommage à toute une génération de femmes appartenant à l’histoire coréenne contemporaine. Quant à sa consœur Cho Nam-joo, elle a publié en 2016 un roman intitulée Kim Jiyoung, née en 1982, une sorte de manifeste féministe dénonçant les inégalités entre les genres dans la société patriarcale. En choisissant pour son héroïne le nom de famille et le prénom les plus répandus chez les femmes nées en 1982, elle laisse entendre que l’histoire qu’elle raconte, bien que fictionnalisée, reflète la réalité de beaucoup de femmes.

 

Enfin, depuis plusieurs décennies, les mots purement coréens sont également à la mode pour les prénoms comme Seul-gi, « sagesse », No-eul, « ciel teinté de rouge », ou même le très poétique Yun-seul qui signifie « reflets argentés des vaguelettes sous le soleil ou la lune ». Si le nombre de syllabes est limité à cinq depuis 1993, le prénom le plus long qui ait été enregistré serait celui d’une jeune femme qui s’appelle Pak Haneul-byeollimgureum-haennim-boda-sarangseureouri, «  Plus adorable que le ciel, les étoiles, les nuages et le soleil »… Très poétique, mais difficile à porter dans la vie courante !

 

 

Par JEONG Eun Jin

Maîtresse de conférences, Inalco

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